Julien Gracq – Nora, une passion surréaliste

Gracq s’éloigne de la fenêtre, rejoint le creux de son fauteuil et l’imagine. Improbable rencontre, passion surréaliste entre Julien, le sévère provincial enraciné, natif des Mauges et Nora, bulgare, d’origine judéo-espagnole-italienne. En la rencontrant, lui qui avoue « manquer de mélange » a découvert un autre ciel, vaste, libre, incertain. Nora croit en l’amour, à l’amour fou ! Avait-il envisagé le mariage ? Non. Pas de vie commune possible pour Julien. Il a trop besoin de se retrouver seul sur de longues périodes pour puiser, au plus profond du silence de Saint-Florent-le-Vieil, l’inspiration. Pour quelle raison vouloir infliger à celle qu’on aime une telle existence ? Rien à ses yeux ne le justifiait. L’œuvre d’un écrivain a un cœur secret : la solitude.

 

Pour aiguiser l’appétit du lecteur, disons seulement qu’on y apprend autant sur Nora Mitrani que sur les surréalistes et leur mouvance. Sous la plume de Roger Aïm, toute une micro-société ressuscite et le plus troublant de ces pages, c’est qu’on croit voir Julien Gracq lui-même, depuis sa retraite de Saint-Florent-le-Vieil, redéroulant avec son biographe les parts les plus secrètes de son passé.

                                                              Irène Frain